Le centre de l’écriture

L’écriture, parce qu’elle emploie les mots, semble être une activité intellectuelle et non physique, une sorte de prolongement de la pensée. Nous avons tendance à croire que pour écrire, il nous suffit de penser.

Mais non, l’écriture ne relève pas de la pensée, de la planification, de la commande.

Les efforts mentaux donnent des résultats, bien sûr, et c’est ainsi qu’à l’école nous passons, année après année, d’un niveau à l’autre ou au travail, d’une promotion à l’autre. Cela dure un temps.

Peu à peu, nous perdons notre entrain et la fatigue, aussi bien physique qu’intellectuelle, gagne en nous du terrain.

Observer la relation à l’écriture

As-tu déjà fait l’expérience de ce phénomène ? Peut-être en ce moment ?

S’il te plait, prends le temps de te poser maintenant la question. Ouvre un carnet et inscris-y ce que tu ressens pour l’écriture. En quelques phrases, nomme la vérité, et non ce qu’il conviendrait de ressentir.

Pour écrire librement, le regard se tourne vers l’intérieur, vers l’être, et non vers l’extérieur, le résultat visé par l’écriture. C’est dans l’intimité de la relation à soi que les mots se remettent à circuler. C’est lorsque nous faisons face à nos blocages que nous pouvons nous en libérer. S’il te plait, observe la relation que tu entretiens en ce moment avec l’écriture. Ouvre un carnet et notes-y tes observations.

Ce qui compte, ce n’est pas ce que tu écris, ni même pourquoi tu écris, mais comment tu écris. Depuis le centre, la source, ou non. Ce qui compte, ce n’est pas l’écriture. Mais de la sentir venir du corps.

C’est dans l’intimité de la relation à soi que les mots se remettent à circuler.

Retrouver le centre de l’écriture

Parfois je me laisse tellement absorber par l’écriture que j’en oublie le corps. Est-ce quelque chose que tu vis ? Dans ces moments-là, les idées se multiplient et je ne sais plus où donner de la tête. Les mains se figent et la pression dans le crâne monte. En réalité, mon centre de gravité s’est déplacé ! Il ne se trouve plus dans le bas du ventre, mais dans la tête, qui est trop étroite pour accueillir un tel afflux d’énergie, d’où la sensation d’étau, d’où la multiplication des idées sans capacité de les mettre en œuvre pour autant. Happée par l’activité mentale associée à l’écriture, j’ai perdu le contact avec la réalité.

Se pose la question : dans la réalité, ici et maintenant, suis-je en mesure d’écrire ?

Si oui, alors je m’y mets, ou m’y remets. Une partie de mon attention est tournée vers l’écriture, mais pas entièrement. Mon attention est aussi tournée vers le corps, par exemple les picotements dans les doigts qui écrivent ou une contraction dans le ventre. En effet, les sensations du corps ouvrent un accès au silence dont provient l’écriture.

Inversement, si je ne peux pas écrire ici et maintenant (parce que j’ai un autre engagement) alors j’observe ce que créent dans le corps les idées d’écriture impossibles à concrétiser. Revenir au corps et au moment présent, c’est accepter le tiraillement que crée parfois l’envie d’écrire. Et si j’acceptais d’écrire en ayant la peur et les doutes au ventre ?

Se pose la seule question qui compte : qui observe la peur par-dessus l’épaule ?

Est-ce la peur elle-même ? Non, elle est aveugle. Seul le silence en moi peut l’observer.

L’observation des sensations dans le corps détourne mon attention des pensées, ce qui me ramène au silence et à l’écriture. Le centre de gravité du corps est le centre de l’écriture. Le seul.

Nourrir le centre de l’écriture

L’écriture est une activité physique. Nous pouvons en prendre conscience et nourrir quotidiennement notre centre de gravité. Voici quelques pratiques qui le renforcent lorsque nous nous y adonnons quotidiennement :

La respiration consciente

La marche en silence, l’attention tournée vers les pieds, les jambes, le centre de gravité

Le Qi Gong, tout particulièrement l’enseignement de Marie-Claude Rodrigue et de l’école Fragments Libres, dont l’approche douce et bienveillante favorise la reconnexion au centre, au silence et l’autoguérison

La méditation, tout particulièrement avant d’écrire pour diriger l’attention vers les mains qui écrivent

L’écriture par le jeu qui, tout en libérant de la pression du résultat, donne des résultats étonnants !

La méditation en fin de séance d’écriture pour ouvrir la porte de l’imagination 

Et toi ? Qu’est-ce qui nourrit ton centre ?

Tu peux inscrire tes propres pratiques dans ton carnet ou en commentaire de cet article, afin de te recentrer tout en aidant un·e autre à se recentrer. Merci pour ta Présence !

 

Photo de couverture : Francesco Lo Giudice.