ÉTAPE 2 DE L'ÉCRITURE : LE PREMIER JET

C’est l’étape 2 de l’écriture : tu écris le premier jet de ton histoire pour trouver sa fin.
Rappelle-toi : un bon premier jet est un premier jet achevé. Alors, déjoue les blocages de l’écriture en cultivant l’imperfection.

ÉTAPE 4 DE L'ÉCRITURE : LA PUBLICATION

C’est l’étape 4 de l’écriture : tu publies ton texte.
Écris pour que tes textes soient lus, car c’est la clé pour briser la solitude de l’écrivain et garder ta motivation. Profite de cette expérience pour progresser grâce à tes lecteurs.

J’ai publié et tu as lu plusieurs textes écrits par les participants de mes ateliers d’écriture. Je te propose de lire aujourd’hui l’un des miens !

Sais-tu comment je me sens ? Intimidée ! Comme toi, je me sens vulnérable en écriture. J’ai peur de me révéler. Or l’écriture se partage, ce qui est un vrai plaisir. Toi aussi, écris en pensant que tes textes seront lus. Pas pour te mettre la pression. Au contraire, pour garder ta motivation. Pense à qui tu écris, et les idées jaillissent plus vite !

Retiens ceci : le plaisir de la lecture se trouve au cœur de l’écriture. Écris en visualisant les émotions du lecteur. C’est magique pour susciter son intérêt.

J’ai donc écrit en pensant à mon pays natal, qui se trouve en plein cauchemar électoral. Non au Front National !

L’école de nos enfants est un éléphant pesant et gris

Le collège de nos enfants, situé au bord de la voie ferrée, ressemble à tout sauf à une école. Vu de dehors, c’est un cube de béton. Une usine qui a fermé en 2023. Cette année-là, nous attendions nos enfants. Treize ans plus tard, voici leur collège. Cinq étages, des fenêtres qui ne s’ouvrent pas, la cour de récréation à l’abandon au centre du stationnement. L’école de nos enfants, nous la voyons comme un éléphant pesant et gris. Nous ne devons pas le dire. Je ne peux plus me taire. Vu de dedans, le collège n’a pas davantage de couleur. Murs, portes, linoléum, tout est de ce blanc sale qu’on n’entretient plus.

Ce soir a lieu la première réunion de l’année entre parents et professeurs. Ou plutôt : elle se termine. Nous sommes tous réunis, parents et professeurs, dans la salle des jeux. Au dernier étage du bâtiment, cette salle fait office de cour de récréation. On ne laisse plus les enfants sortir, car la pollution explose tous les indices de santé. Dans la salle des jeux, faute d’espace pour bouger, les enfants assis à table jouent et rejouent aux deux jeux de notre enfance : le 1000 bornes et le Monopoly. On ne veut pas qu’ils sortent et on ne veut pas qu’ils fassent autrement que nous, enfants. C’est le prix de l’égalité.

À présent, la salle des jeux déborde d’adultes. Au centre, des bureaux d’écoliers assemblés et recouverts par un tissu gris forment une seule table – la table de jeu. Les chaises sont alignées le long des murs. Sur la table, un cartable plein ne ferme pas, déborde de livres. Tous les regards sont rivés sur lui. Les chaises sont identiques. Ou nous sommes assis dessus ou nous sommes debout, amassés autour de la table et du cartable. Nous sommes tous réunis, parents et professeurs, à l’exclusion de la propriétaire du cartable qui se trouve dans l’encadrure de la porte. Au sol, sur trois mètres, un nombre similaire de dalles blanches et bleu nuit séparent les chaises de la table. Les murs de même longueur sont de couleurs alternées : blanc, bleu, blanc, bleu. La porte bleue ouverte sur la nuit n’altère pas la symétrie de la pièce. Des néons courent sous le plafond. Température chaude, des mèches de cheveux collent à nos fronts.

À l’entrée de la salle, sur une chaise d’écolier, une femme seule nous tient tête. Dos droits et doigts écartelés, les ongles de ses mains creusent ses cuisses. Des sanglots la secouent. Elle se tait. Au-dessus d’elle, dans un cadre d’or, le portrait de la présidente du pays trône.

Nos mains s’emparent du cartable. Nous nous l’arrachons. Nous le lacérons. Nous saisissons les livres un par un, nous les lançons comme des ballons, nous les déchirons. Nous nous emportons. Nous crions. Nous exultons. Les pages arrachées volent, retombent. Nous les piétinons. Depuis 13 ans, nous lisons tous un livre, le Livre unique pour la parité des savoirs, mis annuellement à jour par le Front. Nos enfants étudient grâce à ce livre. Il est facile à suivre ce programme unique. L’histoire du monde se résume à celle du pays et tient en quelques dates. Les enfants apprennent, récitent, réussissent leurs examens. Nous ne les mettons plus en échec. Le Front prévient avant de guérir.

C’était sans compter sur la propriétaire du cartable aux mille livres. Si vous saviez ce qu’elle a raconté à nos enfants dès le premier jour de classe.
– Madame, combien de dates devrons-nous apprendre cette année ?
– Pas une seule.
– Mais madame, une date, ça coûte un point. Comment vous allez nous noter ? Comment allons-nous réussir l’examen ?
Vous ne devinerez jamais ce qu’elle leur a répondu, à nos enfants.
– Ce n’est pas l’examen qui compte. Comme professeure d’histoire, ce que je veux vous enseigner, c’est l’empathie : entre vous et pour les gens du passé. Je veux vous permettre de comprendre ce qui vous a conduits ici, dans cette école-usine.
Disant ces mots, l’enseignante s’est levée de sa chaise, a contourné son bureau sans le voir et a trébuché en descendant de son estrade. Tous les cours sont filmés. Nous l’avons vue fixer de ses yeux noirs nos enfants. Elle s’est avancée entre les rangs d’oignons, a déclaré ne pas accepter les rangées dans sa classe. Elle a demandé à nos enfants de se lever et de disposer leurs tables en cercle. Avez-vous déjà tracé un cercle avec des carrés ? Ça ne ressemble à rien.
– Cette année, les enfants, je vais vous raconter des histoires. Vous souvenez-vous de la dernière histoire qu’on vous a racontée ?
– …
– Ce n’est pas grave, moi je vais vous en raconter des milliers. Savez-vous comment mangeaient et s’habillaient les Français du Moyen Âge ? À quoi ils jouaient ? Qu’est-ce qu’un troubadour ? Qu’est-ce qu’un philosophe ? Nous allons parler de tout ça et de cuisine et de sport et de musique et de poésie et de la pluie et du soleil et d’agriculture et de religion. Nous allons parler de toutes ces choses qui font la vie des hommes d’hier et d’aujourd’hui. Comment vivaient les Français du passé ? C’est à cette question que vous devrez répondre à la fin de l’année et vous serez surpris d’avoir déjà la réponse.

C’était en septembre. Nous lui avons laissé une chance qu’elle n’a pas saisie, la folle qui vend du rêve, qui vend du vent. Novembre, tard. Il fait nuit. Nous ne pouvons plus rien pour la professeure d’histoire rebelle. Finissons-en avec ses livres, occupons-nous d’elle.

Nous sortons en courant de la salle des jeux, nous piétinant les uns les autres. Nous faisons cercle autour de l’enseignante. Elle est faite. Le directeur du collège lève la main. Silence. Un claquement de ses doigts et deux hommes se détachent de la foule, attrapent la femme par les épaules, l’emmènent vers les escaliers. Sans se débattre, l’enseignante se retourne vers nous avec un sourire qui court jusqu’à ses oreilles, l’air de dire : on verra qui rira le dernier. Les surveillants la poussent dans les escaliers. Nous les regardons faire, un instant. Puis, nous embarquons dans les ascenseurs. Nous fermons les yeux le temps de descendre dans la rue. En bas, sans se saluer, chacun retourne chez lui.

Je cours et les yeux de mon fils, qui pétillaient après chaque classe d’histoire, me reviennent en mémoire. J’arrive à la maison. Mon fils de 13 ans me demande pourquoi je ne lui ai jamais raconté d’histoires. C’est la première fois de sa vie qu’il me pose une question. Je tombe à genoux, en larmes.
– Pardon, mon fils, pardon. Toi, raconte-moi ton histoire préférée.

Tu veux écrire pour que tes textes soient lus ?

Participe à un atelier d’écriture pour partager le plaisir d’écrire et de lire ! Je t’ouvre ma boîte à outils d’écriture, et tu affirmes tes talents d’écrivain-e ! Lis ici les textes créés en ateliers d’écriture.

8 Commentaires:

  • Très beau texte, qui fait à la fois frémir de par son « potentiel » réalisme et nous rappelle que rien n’est acquis, ni permanent, dans une démocratie…
    Merci pour ce partage !

    • Merci Valérie ! Oui, rien n’est acquis, surtout le droit au rêve, à l’imagination, qui devrait être inconditionnel, et que la peur (de l’autre) annule ou suspend parfois. Je continue d’y croire, de rêver et d’écrire ou lire des tas d’histoires ! Pour un futur vivable.

  • Excellent texte! Merci Sarah! Terrible et si vrai, et garder la possibilité de germer et de pousser… l’espoir.

    • Merci Audrey ! Oui, continuer d’espérer, c’est ce qui nous porte !

  • J’en ai encore des frissons dans le dos. La mort de l’imagination, de la connaissance, de la curiosité…Mais tout même avec une lueur d’espoir!

    • Merci Véronique !

    • Martine Charlebois
    • juillet 31, 2018
    • Répondre

    Texte sombre ….un peu difficile à suivre et à comprendre ….plusieurs passages nécessitent une deuxième lecture …..description et narration s’enchevêtrent ….la chute est questionnante …..vocabulaire accessible et bien utilisé……voilà ….je suis sévère !

    • Merci, Martine, pour ton commentaire. Tu as le droit de ne pas aimer cette nouvelle et, pour répondre à ton courriel, ton commentaire ne me blesse pas. Cela fait partie du jeu. Merci d’ailleurs de l’avoir fait. Ce texte est volontairement sombre et chaotique. Il probablement un peu court et, par le fait même, dense. Je voulais perdre le lecteur pour qu’il ne sache plus à quel personnage s’attacher ou s’identifier et qu’il ne sache justement plus trop quoi penser. Nous avons tendance aujourd’hui à avoir des avis rapides et tranchés sur des sujets que nous ne maîtrisons pas toujours, or c’est dangereux. Je souhaite que ma fille cultive son ouverture d’esprit et sa curiosité d’enfant en grandissant, je souhaite lui transmettre ces valeurs et je m’interroge parce que l’école, en France notamment, ne le permet pas toujours. Voilà le sens de ma réflexion. Tu peux toujours me faire part de tes commentaires !

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