ÉTAPE 4 DE L'ÉCRITURE : LA PUBLICATION

C’est l’étape 4 de l’écriture : tu publies ton texte.
Écris pour que tes textes soient lus, car c’est la clé pour briser la solitude de l’écrivain et garder ta motivation. Profite de cette expérience pour progresser grâce à tes lecteurs.

L’écriture se partage. C’est une conversation que l’écrivain engage avec le lecteur. Si tu es comme moi, tu adores écrire. Mais la publication t’intimide. Tu ne peux pas l’envisager sans avoir le sentiment de t’exposer au jugement des autres. Relativise : ce n’est pas toi que tu exposes. En lisant ton œuvre, un lecteur ne cherche jamais la petite bête, et il ne poursuit pas le rêve malsain de percer ton intimité. Le lecteur est en quête de lui-même. Alors, ne laisse pas tes doutes freiner ton rêve d’écrire et de publier, car la publication peut prendre bien des formes, comme cet article de blog.

Trêve de bavardages. J’ose enfin partager avec toi une nouvelle qui me tient à cœur, moi, jeune maman, et que j’ai écrite il y a plus d’un an, alors que j’étais enceinte. Je ne t’en dis pas plus. Lis-la : ce faisant, tu me permets d’avancer. L’écriture est un processus plutôt qu’un résultat à atteindre coûte que coûte. Chaque rétroaction que nous obtenons nous fait grandir. Quelles que soient nos propres craintes quant à l’écriture et la publication, nous pouvons les surmonter… ensemble ! Tu peux écrire un commentaire après avoir lu ma nouvelle.

Dans le ventre de Joséphine Roy

Depuis qu’il est médecin, tous les jours Jacques Lachance cherche ce que ses patientes ont dans le ventre.

Ce jour-là, la patiente, c’était maman. Moi, je poussais dans son ventre.

– Où serez-vous dans 30 ans, madame Roy?

Le docteur Lachance rencontre pour la première fois Joséphine Roy, qui est enceinte depuis trois mois et demi. La patiente a participé au dépistage prénatal de la trisomie 21 dont les résultats viennent de tomber, bilan d’une échographie fœtale et de deux prises de sang. Ce sont les résultats d’un calcul de probabilités. Le risque de trisomie 21 est élevé pour le fœtus que porte madame Roy.

Le docteur Lachance se demandait si j’étais atteinte de trisomie et voulait le vérifier. C’était son travail. Moi, j’étais bien comme ça dans le ventre de maman.

La patiente, prévenue la veille par une infirmière, a rendez-vous avec le médecin de garde, ce docteur Lachance qu’elle ne connaît pas. Avec lui, elle doit discuter des résultats de son dépistage. Elle doit choisir entre deux examens supplémentaires qui confirmeraient ou infirmeraient le diagnostic de trisomie 21. L’amniocentèse potentiellement mortelle pour le fœtus. Ou le prélèvement sanguin de l’ADN fœtal, sans danger, au prix de 500 dollars.

Joséphine Roy et son conjoint pénètrent dans la clinique de gynécologie-obstétrique à 8 h 50 pour un rendez-vous prévu à 8 h 55. La femme laisse son partenaire seul dans la salle d’attente le temps d’un pipi. À 8 h 52, le docteur Lachance fait signe à l’homme de le suivre dans son bureau. L’entrevue démarre sans la patiente. De retour dans la salle d’attente, celle-ci aperçoit son partenaire par la porte entrouverte du bureau du médecin. Elle s’approche, entend des bribes de la conversation.

Le risque de trisomie 21 est de 1 sur 200. Le médecin préconise des examens supplémentaires. Il compare. Le risque d’une fausse couche provoquée par l’amniocentèse est de 1 sur 300. Le médecin attend une réponse. C’est non. Joséphine entend son amoureux Paul le dire au médecin. Il est 8 h 56. Le docteur Lachance apercevant Joséphine lui fait signe d’entrer dans son bureau. Répète ce qu’il a dit au père. Attend une réponse. C’est la même. La mère ne veut aucun examen supplémentaire.

– Où serez-vous dans 30 ans, madame Roy? Permettez-moi de vous poser cette question.

La femme enceinte sursaute, redresse la tête.

– Où serez-vous dans 30 ans, madame Roy?

Joséphine ravale ses larmes en s’assoyant en face du médecin.

– Je ne sais pas. Je ne comprends pas votre question.

– Je m’interroge, madame Roy. Qui, dans 30 ans, s’occupera de votre enfant s’il est atteint de trisomie?

– Nous, docteur. Nous ferons tout, tout ce que nous pourrons pour accompagner notre enfant au fil de sa vie.

Maman parlait et j’entendais son cœur battre en écho. Je sentais toute l’énergie qu’il décuplait pour que je vive. Le docteur Lachance ne savait pas que j’avais eu un frère. Un jumeau évanescent. Le premier projet de bébé fondé par mes parents. Mais il est mort, le petit embryon. Quelques semaines avant que maman réalise qu’elle était encore enceinte. De moi.

Joséphine empoigne la main de Paul qui, par son sourire, l’engage à poursuivre. Le docteur Lachance s’enfonce dans son fauteuil quand la patiente reprend la parole.

– Comment savoir où nous serons dans 30 ans? Qui peut répondre à cette question? Pas moi, qui suis la première intéressée. La seule chose que je sais, c’est ce que je sens. Je sens mon ventre : vivant et voulant vivre. J’ai fait une fausse couche et ne peux pas envisager d’interrompre volontairement cette grossesse. Je ne peux pas faire les examens que vous me proposez. Les résultats, quels qu’ils soient, ne changeraient pas notre décision.

– Madame, je vous entends. Chaque grossesse est différente. Quant à moi, je souhaite m’assurer que vous comprenez bien l’enjeu de celle-ci. Si dans 30 ans vous n’êtes plus là, qui s’occupera de votre enfant atteint de trisomie? Si vous faisiez les examens, vous pourriez vivre votre grossesse sans vous soucier de cela.

La patiente sert plus fort la main de son partenaire, qui se dégage de son étreinte en retenant une grimace. Joséphine détourne la tête du médecin. Paul reprend sa main en même temps qu’il plonge ses yeux dans ceux du médecin. Joséphine étouffe un sanglot.

– Très bien, docteur. Nous comprenons le sens de vos questions. Vous l’avez dit, chaque grossesse est différente. Nous, nous ne pousserons pas plus loin les investigations, car atteint de trisomie ou non, nous gardons cet enfant. Nous assumons et assumerons ce choix.

– Très bien, je vois. Vous reste-t-il une question avant de partir?

Paul interroge Joséphine du regard, qui hausse les épaules. Alors Paul reprend.

– Le risque de trisomie dont vous nous parlez, est-ce un risque de trisomie 21 uniquement? Ou existe-t-il d’autres trisomies?

– Toutes les paires de chromosomes pourraient théoriquement compter un chromosome de trop. Ce qu’on voit le plus, ce sont les trisomies 21 et, plus rarement, les trisomies 13 et 18. Un fœtus atteint d’une trisomie 13 ou 18 n’est pas viable et meurt soit avant le terme soit à la naissance soit deux mois plus tard. Je crois que c’est préférable.

Joséphine porte la main à sa bouche. Paul se lève.

– Au revoir, docteur.

Le couple contourne le bureau sans un regard pour le médecin. Silence au cas où il y aurait trop de mots pour dire la colère. Silence parce qu’il n’y a pas de mot pour défaire l’incompréhension réciproque.

Je sens la main de maman s’éloigner de moi. J’entends ses talons qui cognent sur le plancher. Je cherche la main de maman. Le bruit des pas cesse. Le cliquetis d’une porte. Le bruit des pas reprend. J’écoute.

La porte du bureau du médecin s’ouvre. Le couple traverse la salle d’attente et le docteur Lachance appelle la patiente suivante.

Lundi, il est 9 h 15. Le médecin attend ce jour-là 28 femmes dont les grossesses sont à risque. C’est le rôle qu’il occupe au sein de l’équipe médicale du Centre hospitalier universitaire : le docteur Lachance gère les complications. Malformations fœtales, risque de prématurité, décollement du placenta, prééclampsie. Une journée de mauvaises nouvelles à annoncer.

Lundi, il est midi. Temps mort. Jacques Lachance s’enfonce dans son fauteuil, coincé entre le bureau et la table d’examen. Prend une inspiration, expire par la bouche. Inspire, souffle. Inspire, soupire. Il passe en revue l’un après l’autre les dossiers des patientes examinées le matin même. Inspire, soupire. Il appose le tampon PATIENTE AVISÉE sur les résultats du dépistage de la trisomie 21 de madame Roy. Inspire, soupire. Appelle la secrétaire. Lui demande de remettre ledit dossier au médecin de la patiente. Inspire. Soupire. Inspire. Retourne à ses patientes.

Lundi, il est 13 h 15. La journée du docteur Lachance reprend. Il lui reste 16 patientes à voir, 16 ventres à ausculter, 16 cœurs à écouter. Un après-midi de mauvaises nouvelles à annoncer. En Amérique du Nord et en Europe, 95 % des femmes dont le fœtus est atteint avec certitude de la trisomie 21 avortent. Ce n’est pas le choix de madame Roy, qui vivra sa grossesse sans savoir si l’enfant en elle est normal ou atteint d’une déficience. À chacune son ventre.

Pas un bruit. Je bascule. J’allonge les bras et j’étire les jambes. J’ai davantage d’espace pour bouger, car maman vient de s’allonger. J’entends son cœur. J’entends son souffle. Fort, fort, très fort. Moyen, fort, moyen. Doux, moyen, fort. Moyen, doux, doux, doux. Maman se calme alors c’est le moment. Je m’approche de la paroi interne de son ventre. J’étends le bras. Doux, doux, doux. Je tapote. Tout doux. Moyen, doux, moyen. Je sens la main de maman retomber sur moi. Sa respiration ralentit encore. Moi, je suis très bien comme ça.

Une voix. Je me réveille. Papa dépose sa main sur le ventre de maman. Je lui donne un grand coup de poing. Fort, très fort.

– Jo, tu as senti? Le bébé…

– Le bébé a réagi à ton toucher. Je l’ai senti, oui. Tout à l’heure, je l’ai également senti bouger pour la première fois. On le garde alors ? Je crois que notre bébé nous parle.

– Oui, on le garde.

***

Six mois plus tard, le docteur Lachance entame une garde à l’aile des naissances du Centre hospitalier universitaire où il exerce depuis 30 ans. C’est un mardi de février. Il est 16 heures. Quatre femmes ayant amorcé leur travail au cours de la nuit précédente sont présentes. Leurs efforts suivent leur cours. Le docteur Lachance choisit d’attendre les premières poussées, ou qu’on l’appelle, pour aller les voir. Le quart de travail qui s’étend de 16 heures à 22 heures est habituellement calme. Jacques Lachance s’offre alors une sieste de fin d’après-midi dans la salle de repos. Habituellement, oui, mais pas ce mardi-là, car une cinquième femme accouche. Joséphine Roy.

Depuis hier, le ventre de maman vrille. Fort, fort, fort. Très fort. Il n’y a plus de liquide amniotique pour amortir les chocs. Ma tête s’enfonce comme un clou à chaque coup. J’encaisse. Maman aussi. J’étais bien avant ça.

Chambre 909, 27 février, il est 16 heures. Cela fait 24 heures que l’ocytocine de synthèse coule dans les veines de Joséphine, imposant à son corps des contractions espacées par des intervalles de moins de 10 secondes chacun. Son ventre est dur, tendu comme une grand-voile en plein vent. Joséphine est attachée à la machinerie de l’hôpital. Une tubulure pleine d’ocytocine plantée dans le poignet droit. Le moniteur des contractions utérines branché sur son ventre. Le moniteur du cœur fœtal accroché au crâne de son bébé qui pointe déjà entre ses jambes.

Les contractions s’allongent. Les contractions s’accélèrent. Joséphine regarde droit devant elle en évitant de croiser le regard des infirmières. L’une scandant « Pousse, Joséphine, pousse ! » comme si elle avait déjà gardé les cochons avec la parturiente. Et l’autre murmurant à qui entre dans la chambre : « Ça avance tranquillement. » Sur ces mots, l’infirmière augmente encore la dose d’ocytocine. Il est 17 heures. Cela fait deux heures que Joséphine pousse sans que la tête de son bébé avance. Aucun médecin en vue.

Joséphine change de position après chaque série de 10 contractions. Couchée sur le flanc droit. Couchée sur le flanc gauche. À quatre pattes. Accroupie. À quatre pattes. 17 h 30. Joséphine s’allonge sur le dos, prête à renoncer. Tout son corps tremble. Paul lui prend la main et prend la parole, coupant celle des infirmières.

– Jo, continue. Marylène avance, ça y est, je vois sa tête sortir. Pousse, Joséphine. Continue. Tu y arrives. Pousse.

Une odeur de sang, de sueur et de colostrum. Il est 17 h 45. Le docteur Lachance entre dans la chambre 909, se place sans un mot au pied du lit d’accouchement, demande que les pieds de la parturiente soient placés dans les étriers. À cette dernière, il n’adresse pas la parole. C’est l’une des infirmières qui s’en charge. Joséphine obtempère. Le docteur Lachance demande aux infirmières d’augmenter encore la dose d’ocytocine. Joséphine se redresse, plonge son regard noir dans le regard gris du médecin. Puis elle se rallonge. Silence. Paul s’approche de l’oreille de sa partenaire.

– Joséphine, tu accouches. Pas le médecin. Je l’ai reconnu, moi aussi. Peu importe. Marylène doit naître. Vas-y. Laisse aller.

Et Joséphine pousse encore. Une fois. Deux fois. La tête passe, suivie par le bras gauche. Il est 17 h 54. D’un geste sûr, le médecin aide le bébé à pivoter dans le bon axe. Une infirmière aide Joséphine à se redresser. Cette dernière attrape sa fille au vol et l’enlace nue contre son corps nu.

Voilà, je suis née. Mais je ne suis pas bien comme ça.

Le docteur Lachance quitte la chambre 909 sans un bruit, sans un mot. Silence car il n’a plus de colère. La parole est au bébé, qui pleure pendant deux heures. Marylène Roy est née le poing en avant le 27 février 2018. Voilà ce que sa mère avait dans le ventre.

Alors, que retiens-tu de cette nouvelle ? Qu’as-tu ressenti en la lisant ?

Tu peux me faire part de tous tes commentaires. L’écriture se partage !

30 Comments:

    • Micheline Ouellet
    • décembre 01, 2018
    • Reply

    J’ai bien aimé cette nouvelle, j’ai ressentie le désarroi et la volonté de Joséphine
    ainsi que la compassion de Paul et puis malheureusement la froideur et indifférence du Dr Lachance qui manifeste grandement le fait qu’il soit désabusé de son métier et de ses patientes.
    Et le fait que Marylène nous dit ce qu’elle vie était réaliste car il se peut qu’un enfant qui nait puisse se dire le genre de choses pas en parole bien sur mais en émotion interne. Je crois que les embryon ressentie plus que l’on pense.
    Somme toutes une nouvelle bien écrit qui transmet bien les émotions de ce moment de vie.

      • Sarah B.
      • décembre 03, 2018
      • Reply

      Un grand merci, Micheline, pour ton commentaire ! Il est très généreux et détaillé, ce qui me nourrit comme écrivaine. Vraiment, merci.

    • Claire Meilleur
    • avril 04, 2019
    • Reply

    Wow ! Quelle histoire touchante. J’ai adoré ce point de vue de l’embryon et ce contact avec la main de sa mère, le coup de poing quand il sent la main de son père. On ressent les inquiétudes de chacun, y compris celle du médecin, et à travers les inquiétudes, le courage des parents. On ne peut faire autrement que de se mettre la leur place.

    Une très belle plume, c’est clair et facile à suivre et on a envie d’en savoir davantage.

    J’ai particulièrement aimé cette chute à double sens… voilà ce que sa mère avait dans le ventre !

    Merci d’avoir partagé ce très beau texte rempli de sensibilité.

      • Sarah B.
      • avril 04, 2019
      • Reply

      Merci, Claire ! Ton commentaire détaillé et précis me guide et me touche. Merci, merci, merci.

    • Jean
    • avril 04, 2019
    • Reply

    J’ai littéralement dévoré ta nouvelle, elle est remplie d’émotions qui sont venus m’atteindres droits au coeur. Merci pour cette nouvelle. Je ne croyais pas me lever ce matin avec autant de positif, qu’elle belle leçon de vie.

      • Sarah B.
      • avril 04, 2019
      • Reply

      Wow ! C’est moi, à présent, qui en ouvrant mes courriels reçoit un vrai cadeau. Écrire et publier ce texte qui est très fortement inspiré de mon vécu, et de la gestation-naissance de ma fille, a été très exigeant pour moi. Alors merci pour ton retour !

    • Caroline
    • avril 04, 2019
    • Reply

    J’ai adoré avoir le point de vue du bébé, c’est original, surprenant et touchant. J’ai trouvé très crédible l’évolution psychologique des parents, ça ressemble à ce que j’ai vécu lors de mes grossesses. Et malheureusement, l’attitude froide et détachée de l’obstétricien m’a rappelé celle du médecin qui supervisait mon premier accouchement, un homme en fin de carrière qui avait insulté ma doula… :'( Puis ma dernière-née a pleuré pendant au moins une heure après sa naissance! Bref, beaucoup de recoupements dans ma vie, de crédibilité et de belles émotions.

    Je suis un peu terre-à-terre aussi, et je me demande: finalement, Marylène, est-elle trisomique? Je voudrais le savoir! Est-ce que le médecin qui part sans colère veut dire qu’il a constaté qu’elle n’est pas trisomique? Puis une parturiente qui reçoit tant d’ocytocine, ça doit aussi avoir finir par se voir administrer une péridurale, non? Et en conséquence, elle ne doit pas pouvoir changer de position, que je me dis? 🙂

    Merci de partager avec nous ta belle écriture humaine et lumineuse.

      • Sarah B.
      • avril 04, 2019
      • Reply

      Merci, Caroline, pour ton analyse si juste. Je suis toujours surprise d’apprendre que tant de femmes vivent des situations similaires et se retrouvent dans l’impossibilité de s’exprimer librement avec les médecins qui suivent leurs grossesses et accouchements. Merci pour ton témoignage. Ma fille a réellement pleuré deux heures après sa naissance et elle est réellement née le poing gauche en avant. Pour tout te dire, j’ai écrit cette nouvelle alors que j’étais enceinte (avec un risque élevé de trisomie) et je voulais alors exprimer l’impossibilité de communiquer avec l’équipe médicale, comme si nous appartenions à deux galaxies opposées. Quant au récit de l’accouchement, je l’ai révisé après avoir donné naissance à ma fille et il est très fortement inspiré de mon vécu. Pour une raison que j’ignorais alors (et que je comprends à présent, mais c’est une autre histoire), j’ai résisté coûte que coûte à l’épidurale malgré le déclenchement. Donc c’est possible. Quant à savoir si Marylène est trisomique ou non, pour moi, ce n’est pas le propos du texte. Ce que je voulais mettre de l’avant, c’est le dialogue de sourds entre une femme, un couple, une famille et le médecin qui les accompagne à un moment charnière de leurs vies. Ce que la mère de Marylène avait dans le ventre : c’était son bébé et sa détermination à le mettre librement au monde, trisomique ou non. Voilà pourquoi je garde la fin ouverte. Je crois qu’elle est plus perturbante ainsi et amène davantage le lecteur à s’interroger. 😉 Merci encore pour ton mot, qui me touche.

        • Caroline
        • avril 04, 2019
        • Reply

        Merci pour ta réponse! Je me doutais bien qu’un tel accouchement (i.e. DES heures d’ocytocine sans péridurale) pouvait être réel, mais je n’osais pas pensé que toi précisément avais traversé cela. Tu as toute mon admiration.

        Et je comprends tes intentions d’auteure en lisant ta réponse. Je suis peut-être une lectrice un peu trop au ras des pâquerettes, je dois l’assumer, j’imagine! 🙂 Mais donc, le fameux dialogue de sourds que tu mets en scène est tellement courant et déplorable avec nos médecins qu’il mérite en effet d’être le centre du récit. (D’ailleurs, mon 2e accouchement s’est déroulé avec une sage-femme tellement le 1er médecin m’avais rebutée…)

        Et en plus, de lire ton récit me montre quelle liberté je peux prendre pour transposer ma vie en récit moi aussi! 🙂

          • Sarah B.
          • avril 04, 2019
          • Reply

          Merci à toi, Caroline, d’avoir pris le temps de me répondre ! Tu sais, ce n’est pas tant le style, ni le caractère exceptionnel ou véridique du personnage ou des faits racontés qui font les bons récits, mais le regard porté sur l’événement vécu. Ton regard sur l’événement est un enseignement pour le lecteur. Il s’agit de l’amener à interroger ses propres actions à partir de celle des personnages. Et pour cela, oui, tu as beaucoup de liberté ! Merci encore pour ton retour. 🙂

    • chantal cote
    • avril 04, 2019
    • Reply

    J’ai aime l’intensite et la simplicite du voyage de la naissance de Marylene. Comment vas-t-elle a present?

      • Sarah B.
      • avril 04, 2019
      • Reply

      Merci Chantal pour ton mot. Je garde la fin volontairement ouverte. Ce que je veux mettre de l’avant, c’est le dialogue de sourds entre une femme, un couple, une famille et le médecin qui les accompagne à un moment charnière de leurs vies. Ce que la mère de Marylène a dans le ventre : c’est son bébé et sa détermination à le mettre librement au monde, trisomique ou non. Je crois que la nouvelle est plus perturbante ainsi et amène davantage le lecteur à s’interroger. 😉

    • Nathalie Germain
    • avril 04, 2019
    • Reply

    Chère Sarah, si je ne me trompe pas, ta nouvelle fait suite à celle que tu as partagée à l’automne dernier. Celle où une mère raconte la perte de son garçon et la surprise d’avoir une petite fille dans son ventre. Bref, ta nouvelle qui traite d’un sujet difficile coule comme une un fleuve vers la mer. Je sens la routine triste du médecin qui fait son travail comme un mécanicien. La mécanique du corps. Je sens aussi le courage des parents qui doivent prendre des décisions qui pourraient changer le cours d’une et de plusieurs vie. D’ailleurs, avoir un enfant, ça change une vie. Ce qui a retenu mon attention c’est la voix de la petite qui communique sa confiance en elle, son désir de vivre. Elle semble chercher à rassurer sa maman. On la sent déjà battante. Bravo, c’est un texte splendide. Soit dit en passant, j’avais une grande tante que j’aimais énormément qui avait choisi de garder son fils autiste profond après avoir eu 7 fausses couches. Jamais elle n’a regretté son choix, et ce, jusqu’à sa mort. Ton histoire est touchante et remplie d’espoir.

      • Sarah B.
      • avril 05, 2019
      • Reply

      Chère Nathalie, je te remercie à la fois pour ton long commentaire, le souvenir que tu gardes de mon texte précédent et ton témoignage à propos de ta tante. Je suis bouleversée de te lire ! Merci beaucoup.

    • Gabrielle Counali
    • avril 04, 2019
    • Reply

    Sarah,

    Merci pour ce partage. Tes mots sont comme des images qui défilent sous mes yeux. J’entends, je vois , vis chaque émotion de Joséphine, Paul, Marylène et du Dr Lachance. La présence des données statistiques nous montrent que c’est une réalité vécue par de nombreux couples. La sélection avant la naissance contrebalancée par l’amour et la conviction profonde des parents que tout ira bien pour leur enfant. Ça donne à réfléchir.

      • Sarah B.
      • avril 05, 2019
      • Reply

      Merci, Gabrielle. Avec ma nouvelle, je voulais donner à réfléchir, tu as raison. Je voulais témoigner d’une expérience, et ce, sans jugement pour amener le lecteur à se questionner, à se demander quel serait son choix dans une telle situation. En sachant que chaque grossesse est unique. Dans mon cas, ce n’était pas la conviction que tout irait bien pour ma fille qui m’a guidée, car la vie est toujours pleine de rebondissements, mais la certitude qu’elle voulait vivre. Et moi, plus égoïstement, je ne pouvais pas la laisser aller. Je ne pouvais pas, point. Merci de ta réflexion.

    • Diane Gingras
    • avril 06, 2019
    • Reply

    Sarah j’ai été sur le bout de ma chaise tout au long du récit. En tant que mère j’ai ressenti toute l’émotion et le bouleversement de cette délicate décision. Un choix personnel qui ne devrait pas être influencé par personne.

    Lors de sa première grossesse, une amie a vécu une situation similaire. Elle a dû avorter au quatrième mois. Son fils avait les intestins à l’extérieur de son petit ventre et d’autres problèmes. Le tout doublé d’une possibilité de trisomie. Elle m’a raconté en pleurant, qu’elle n’avait pas aimé jouer le rôle de Dieu. En rajoutant : «Qui suis-je pour décider de la vie ou de la mort de mon enfant».

    Ton récit m’a fait vivre les bruits, les odeurs, les émotions et toute l’intensité de l’intrigue jusqu’aux larmes. J’ai senti que tu me tenais par la main pour me faire suivre ton aventure. Quand tu dis l’heure, le numéro de chambre, les dates et que tu détailles chaque geste, c’est comme si j’étais là.

    Moi à 17 ans j’ai décidé de garder mon enfant…

      • Sarah B.
      • avril 09, 2019
      • Reply

      Merci, Diane, pour ce mot poignant, imprégné de ton vécu. Merci ! Je me sens chanceuse de partager ces expériences de maternité avec toi, et je garde un merveilleux souvenir de nos six ateliers d’écriture ensemble.

    • Diane Gingras
    • avril 06, 2019
    • Reply

    Sarah, je viens de me souvenir que j’avais fait un article sur mon blog suite à la lecture du récit d’Émilio. Si tu ne l’avais pas lu, vas-y j’ai mis le lien en-dessous.

    Merci encore pour l’atelier d’écriture, tes précieux conseils vont guider ma plume 🙂

    https://jeter-l-encre.com/contre-lavortement-pour/

      • Sarah B.
      • avril 09, 2019
      • Reply

      En effet, je ne l’avais pas lu. Merci pour le partage. C’est un texte qui frappe !

    • johanne lessard
    • avril 08, 2019
    • Reply

    Chère Sarah.
    J’ai lu ton récit d’une seule traite, une main sur mon ventre de maman. J’ai été happée par tes mots et séduite par l’emploi des deux voix narratives qui t’a permis de montrer toute la distance qu’il y a entre de froides statistiques et de sombres hypothèse et la vie qui bat si fort. Bravo!

      • Sarah B.
      • avril 09, 2019
      • Reply

      Merci, chère Johanne. Je te remercie pour ton commentaire et cette image : « une main sur mon ventre de maman ». Je me sens choyée de partager cela avec toi.

    • johanne lessard
    • avril 08, 2019
    • Reply

    Oups… J’ai oublié un « s » à hypothèses!

      • Sarah B.
      • avril 09, 2019
      • Reply

      🙂

    • Valérie
    • avril 08, 2019
    • Reply

    J’ai adoré! C’est une nouvelle qui se lit facilement. Il n’y a pas de longues phrases compliquées seulement des phrases courtes et efficaces qui décrivent très bien les émotions des personnages par les gestes et les dialogues.

    J’aime beaucoup le fait d’entendre la voix de la petite qui décrit ses émotions et aussi celle de sa mère qu’elle ressent.

    J’admire aussi le fait que tu expliques le comportement froid du médecin. Il semble blasé de son métier qui consiste à annoncer des mauvaises nouvelles toute le journée. Il faut beaucoup de courage quand on vit une situation comme celle de Joséphine (et la tienne aussi) d’essayer de comprendre ce genre de comportement.

    Pour finir, j’ai bien aimé que le titre, la première et la dernière phrase de la nouvelle soient en lien entre elles! À savoir ce que Joséphine a dans le ventre!

    Bravo!!

      • Sarah B.
      • avril 09, 2019
      • Reply

      Un grand merci, Valérie, pour cette analyse ! Merci d’avoir noté le lien entre titre, première et dernière phrases, entre autres choses. 🙂

    • Lucie gilbert
    • avril 13, 2019
    • Reply

    Bonsoir et bientôt bonjour, quelques heures avant notre rencontre.
    Mon ressentie face à cette nouvelle est l’amour inconditionnelle d’une mère pour son enfant et un père impuissant dont la seule force est d’accompagner sa femme en approuvant son désir de naître; cet enfant qui doit naître coûte que coûte, malgré les conséquences. Mais qu’elles conséquences? De découvrir la vie. Déjà il la défit cette vie avec un seul geste du poing de la victoire! Euréka j’arrive!!!!
    Ce qui m’a interpellé, c’est le bébé narrateur. cela capte notre attention et on veut le connaître davantage. Se serait mon genre d’ecriture. On ressent très bien l’émotion de tous les personnages et la complexitè du problème. Belle lecture, merci.

      • Sarah B.
      • avril 16, 2019
      • Reply

      Merci, Lucie ! Tu as raison, mère et fille, toutes deux soutenues de façon inconditionnelle par leur partenaire et père, ont défié ensemble la peur ! Je suis heureuse d’avoir fait ta connaissance pendant le goûter d’écriture de samedi. Merci pour tes remarques sur la peur du jugement que tout écrivain ressent au moment de commencer à écrire, car elles m’ont inspiré un nouveau jeu d’écriture. 🙂 Et merci pour ton texte.

    • Sophie
    • avril 14, 2019
    • Reply

    Très joli texte Sarah, bravo ! Avec une maman courage qui s’appelle Joséphine, je ne peux que adorer 🙂

      • Sarah B.
      • avril 16, 2019
      • Reply

      Haha, merci Sophie !!! Je te dois en effet ce prénom : Joséphine. C’est toi qui me l’a inspiré 🙂

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